Cette semaine, c’est la semaine sans télé. RUDE. La journée sans achat, j’y étais finalement parvenue. Une semaine sans télé ! Je sais pas.

La télé, c’est ma pote à moi. Mon espace d’évasion. Une source capitale d’information. Mais bien plus aussi. C’est carrément un point d’ancrage. Lors d’un voyage en Afrique, plus que la compagnie de mon mari, c’est la présence de la BBC dans la chambre d’hôtel qui m’a rassurée, permis de reprendre mes marques. La BBC est là, c’est donc qu’il y a une certaine stabilité, une petite île où me réfugier.

La journée sans achat, je l’avais organisée seule. J’avais fait en sorte de ne pas avoir à acheter de la nourriture. Mais la semaine sans télé, ça nécessite une négociation. Chance d’aboutir : plutôt minces. Ce sera donc une semaine de soirées dans la chambre à coucher, avec le bruit de la télé en arrière-fond. Il faut absolument que je passe à la biblio demain sinon ce sera pas tenable.

Mais le plus dur, ce sera en journée. Pendant la sieste de mon fils + en fin d’après-midi et tous ces brefs instants où je ne sais pas quoi faire de moi-même. Heureusement que France Culture existe, ce sera ma bouée de secours. S’ils se mettent en grève, je ferai l’impasse. A défaut d’une ancre, il me faut au moins un fil.

J’espère qu’il fera beau et que je pourrai aller récolter des signatures pour l’initiative sur le salaire minimum. Ou au minimum gris.  Le mercredi soir, j’ai aussi une AG de Solidarités. ça me fait une soirée de moins dans la chambre à coucher. Le lundi, j’ai la danse orientale. Mais pour le reste, je la sens très mal, cette semaine sans télé.

Il y a une douceur toxique dans l’aliénation télévisuelle.

Le 24 novembre prochain, c’est La Journée sans achat. J’y ai encore jamais participé. Même si les océans sont faits de gouttes d’eau, ça me semblait dérisoire. A l’assaut de la sociiété d’hyperconsommation avec une Journée sans achat. A l’assaut de l’exploitation économique avec une Journée mondiale du refus de la misère. A l’assaut de la domination masculine avec une Journée de la femme. Des tas de journées mais pour quel résultat ? Je n’ai souvenir d’aucun.

Le Ramadan dure un mois. Le Carême grosso modo de même. Un jour, le sens-tu passer ? Un effort, c’est une durée. Une prise de conscience aussi, ça demande du temps. Ramadan et carême sont des pratiques religieuses de modération qui s’inscrivent dans un temps naturel, celui nécessaire à l’âme humaine. Une journée ? Une accélération factice.
Sauf que.

Sous le bombardement constant de la pub, une journée sans achat, c’est nager à contre-courant. Tu te concentres à fond sur ton but où déjà le courant t’emportes où tu ne voulais pas aller. Une journée sans achat et tu sens le courant. Là est le potentiel subversif de cette journée. SENTIR LE COURANT. On croit nager, choisir son cap, tenir le gouvernai, alors qu’on dérive inéroxablement, emporté par des courants puissants. Notre terre se noie et nous, nous flottons au gré des vagues. Tout l’art de la publicité consiste à nous faire oublier cette réalité. Mais c’est un art fragile. Une journée sans achat suffit à sentir le courant.

Mais qu’est-ce que je fous à cette caisse ? Pourquoi j’hésite à sortir sans porte-monnaie ? D’où vient cette inquiétude absurde ?

Le 24 novembre prochain, je n’achéterai rien. Ou plutôt, je m’efforcerai de ne rien acheter. A l’assaut de ma propre sur-consommation. Ennemi, je dessine ton contour ! Je veux redécouvrir que la liberté est un combat.